3-la foi


"Toi tu as la foi !", me sortit soudain ma compagne.

J'en restai bouche bée !

Doublement. Autant surpris par sa déclaration elle-même que par ma réaction intérieure à celle-ci.

Ma dulcinée venait d'être confrontée au décès d'un de ses amis et, désemparée, semblait envier ainsi ma sérénité et mon flegme face à cette situation.

"Toi tu as une foi !"... (je ne sais plus si elle m'a dit "la" ou "une" ; peu importe)

Je tombais des nues. D'abord, parce que je considérais ma compagne comme étant aussi "spirituelle", si ce n'est même plus, que moi. J'étais donc étonné de la voir tout d'un coup douter de la possibilité d'une prolongation de l'existence sous une autre forme, sur d'autres plans. Dans la communion que je ressentais avec elle, jusqu'alors, je ne m'estimais pas du tout plus croyant qu'elle.

Mais j'étais encore plus estomaqué par ma réaction intime de surprise, pleine d'incrédulité. Quoi, moi, j'ai la foi ? Non, où vas-tu chercher ça ? Comme si cela me paraissait insensé ! ... Et pourtant, SI ! Elle avait raison bien sûr, je m'en rendais compte aussi ! Mais c'était comme si je le découvrais tout à coup, que cela me sautait aux yeux grâce à sa remarque, que j'en prenais vraiment conscience pour la première fois de ma vie. Et, encore plus fort à sa suite : l'importance essentielle que cette "foi" représentait au final, aujourd'hui, dans mon intériorité et ma structuration personnelle... J'avais l'impression d'une révélation ! Comme un bandeau qui me tombait des yeux.

Avant ce jour, certes, je me considérais comme "croyant", mais un croyant sans certitude, un croyant qui continuait à douter, un croyant qui estimait ne pas savoir grand chose... Avec puissance, sa remarque me renvoyait à moi-même que j'étais plus croyant que je ne le pensais, et cette prise de conscience, l'effet de surprise passé, me remplissait de joie et de force. Comme si le fait d'assumer désormais cette part de moi qui n'osait jusqu'alors pas se mettre en avant - préférant rester cachée, comme honteuse - me faisait franchir un nouveau palier dans la conviction, et donc la connexion.

Cette expérience m'interrogeait également. D'où venait cette foi en moi ? Pourquoi semblais-je la posséder et pas d'autres ? En quoi, et comment, constituait-elle ainsi un socle dans ma vie, une base, un fondement dont je ne voudrais désormais pour rien au monde être privé, qu'il m'affligerait de perdre... Que m'apportait-elle ?

C'est tellement mystérieux... Pas de certitude absolue, malgré cela une tranquille assurance (dans tous les sens du terme : me rendant plus sûr intérieurement et me protégeant en cas de tracas existentiels). L'impression de me sentir soutenu, porté, nourri ; de ne jamais être seul, car toujours relié. Un merveilleux cadeau... mais jamais acquis ! Cette foi, je l'ai eue, je l'ai perdue (par ma faute), je l'ai regagnée (en me battant). Car c'est un lien, à toujours maintenir vivant, sinon il s'étiole et finit par se rompre (toujours de notre côté toutefois...). Et par ce lien, c'est un ÉCHANGE !

Lorsque cet échange n'est plus vivant entre l'être et "la Source", le lien se sclérose et la foi soit disparaît soit se rigidifie dans une polarité. La foi passive, c'est la foi aveugle non investiguée du trop soumis. La foi active, c'est le prosélytisme voire le fanatisme du trop zélé. La saine foi, c'est la douce conviction vivante du fidèle équilibré, qui se suffit à elle-même et lui suffit à lui-même, qui peut se partager mais jamais ne cherche à s'imposer. La sainte foi !