9-se faire masser


À quelques reprises dans ma vie, j'ai reçu de façon inopinée une phrase qui a percuté ma conscience, me laissant intérieurement bouche bée, me marquant instantanément profondément comme une révélation... Ces phrases, je m'en souviens encore aujourd'hui et je pense que je ne les oublierai jamais.

L'une de celles-ci, c'était lors d'un stage de yoga. Le yoga ce n'est vraiment pas mon truc, mais j'aimais les livres de l'enseignant à l'époque. C'était le premier jour ; comme prévu, je me demandais ce que je faisais là... Et puis, en fin d'après-midi, une session de questions-réponses, quelqu'un lui demande à quelle fréquence il faut se faire masser. À cette question matérielle, il répond spirituellement : "Je me fais masser tous les jours." Le choc ! J'ai immédiatement su que c'était ce que j'étais venu chercher. Je suis parti après, comblé, et ne suis pas revenu le lendemain. Cette seule parole valait pour moi le prix du stage entier !

Se faire masser tous les jours... ! Il s'agit là de se faire masser non pas physiquement, mais psychiquement, vibratoirement, énergétiquement, par les sensations, impressions, émotions qui nous touchent, QUELLES QU'ELLES SOIENT ! Donc aussi bien considérées positives que négatives ! Ne pas chercher à les amortir ou réprimer, mais les vivre pleinement ! Les accueillir inconditionnellement (simplement parce qu'elles sont là) pour qu'elles se dissolvent, ou au moins se délient un peu dans un premier temps, plutôt que de continuer à se nouer dans notre refus de les ressentir et éprouver.

Je connaissais déjà par plusieurs auteurs l'importance "d'être avec" plutôt que "d'être contre" ce qui m'effleurait ou me saisissait, mais j'étais encore inconsciemment dans un désir de contrôle, de jugement : jugeant le positif meilleur que le négatif, voulant encore modifier le négatif lorsqu'il se présentait (cherchant par des pratiques à le transmuter en positif), ce qui est encore violence vis-à-vis de soi-même. Vouloir "être avec", c'est en effet encore rester dans une certaine dualité, c'est nécessairement encore nourrir inconsciemment l'autre versant, celui du refus d'être avec, donc inévitablement perpétuer le "être contre". La seule façon de sortir de ce cercle vicieux, c'est de s'élever au-dessus de cet antagonisme de vouloirs, et alors parfois d'accepter de ne pas accepter, d'être avec le être contre... Ne rien forcer. J'accueille si je peux, sinon c'est ainsi (ainsi soit-il !).

J'ai ainsi fini par laisser tomber toute pratique dite de "développement personnel", car celles-ci finissaient par exciter en moi l'inverse de ce qu'elles étaient censées me procurer. J'ai souvenir d'une séance de "relaxation" où je devenais de plus en plus instable mentalement et psychiquement au fur et à mesure des directives m'invitant à me détendre, au point de vouloir réellement me taper la tête contre les murs pour mettre fin à mon calvaire ! Ou d'une séance de "yoga du rire" où j'ai fini en pleurs avec retour d'énergies dépressives, et le reste de la journée à m'en remettre pour retrouver mon équilibre ! À chaque fois, et contre mon intuition initiale, la cause en était le fait de m'inciter à rejoindre une énergie ou une dynamique différente de celle alors présente en moi, donc de chercher à susciter ou provoquer une modification artificielle de mon état d'âme du moment.

Depuis lors, j'accepte et j'assume mes limites (physiques et émotionnelles), je sais qu'il ne peut en résulter que du dommage si je ne les respecte pas, alors peu importe l'opinion d'autrui sur moi ou la pression de mon ego, je reste avant tout intègre avec moi-même.

Cela ne signifie pas pour autant que je vais me complaire dans certains états d'âme, mais j'accepte de m'y déplaire s'il le faut. J'accepte ainsi de me laisser toucher, selon les circonstances de la vie, par l'amertume, la tristesse, la déprime... l'agacement, la frustration, la colère... l'inquiétude, l'anxiété, la peur... les regrets, la culpabilité, la honte... etc. Comme des bulles d'émotion qui remontent à la surface de mon être, qu'il est vain de vouloir empêcher (comment le pourrais-je, elles ne dépendent pas de ma volonté) et contreproductif de chercher à influencer, ces énergies se dissipant d'autant plus vite que je n'y accorde pas d'attention particulière ou de jugement négatif propre à créer un refoulement (qui provoquerait de futures remontées en puissance augmentée). Si je chasse le Naturel, il reviendra de toute façon au galop !

Mais n'allez pas croire que se laisser ainsi masser par la vie, traverser par ces énergies sans chercher à interférer, implique qu'il n'y aurait pas de changement, d'évolution dans sa vie intérieure. Au contraire ! Car comme l'a si parfaitement exprimé le psychologue Carl Rogers :

 

« Sans doute tout ceci peut sembler une étrange voie à suivre. Elle me parait cependant valable à cause de ce curieux paradoxe qui fait que c'est au moment où je m'accepte tel que je suis que je deviens capable de changer. Je crois que c'est là une leçon que j'ai apprise autant au contact de mes clients qu'à travers mon expérience personnelle : à savoir que nous ne saurions changer ni nous écarter de ce que nous sommes tant que nous n'acceptons pas profondément ce que nous sommes. C'est alors que le changement se produit, presque à notre insu. »

 

Oui, à tel point que l'on s'en rend même compte après coup, lorsque - et preuve que - cela ne nous tracasse plus ! Toute évolution intérieure véritable ne peut ainsi venir que par une résolution spirituelle spontanée, qui s'apparente à une aspiration, un mouvement de l'être/du for intérieur, jamais par une contrainte mentale de l'intellect/ego, qui ne donne de toute façon jamais de résultat durable.